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L'effet de réel
 ven 08 novembre 2002
L'effet de réel
 colloque d'esthétique co-organisé par la Villa Gillet

 amphi de l'ENBA (rue Neyret) 1er étage de l'ENBA (ancien site) 10 rue neyret 69001 Lyon
extrait audio
"En conclusion d'un article daté de 1968 auquel ce colloque emprunte son titre en manière d'hommage, Roland Barthes évoquait la mise en cause par l'art moderne de "l'esthétique séculaire de la représentation". Où en sommes-nous aujourd'hui de cette critique de la représentation? S'il va de soi que l'art crée du réel en ajoutant au monde des choses et des phénomènes, et si personne, à propos d'une œuvre (voire de toute image), ne s'exclamerait plus spontanément, ainsi que le faisait Diderot devant L'Accordée de village de Greuze, "c'est la chose comme elle a dû se passer", l'effet de réel demeure, semble-t-il, une question d'actualité ne serait-ce que par son insistance à entretenir une tension toujours problématique entre vraisemblance et vérité. En croisant l'histoire de l'art, la photographie, le cinéma et l'art contemporain, ces deux journées reviendront sur les notions, le document, le détail, la description, la mise en scène, la répétition, qui sont au cœur des diverses rhétoriques propices aux effets de réel." Jean-Pierre Criqui

Intervenants :

Jean-Pierre Criqui
Historien de l'art et critique, Jean-Pierre Criqui est rédacteur en chef des Cahiers du Musée national d'art moderne. Il a publié de nombreux essais sur l'art contemporain et américain et dernièrement aux éditions Desclée de Brouwer, Un trou dans la vie. Essais sur l'art depuis 1960.

Wim Delvoye
né en 1965 à Wervick (Belgique), vit et travaille à Gand. Depuis la fin des années 80, les oeuvres de Wim Delvoye procèdent d'une recherche méthodologique des contraires : l'industriel/l'artisanal, le nouveau/l'ancien, l'identité nationale/l'abstraction internationale, etc. Ses sculptures mêlent l'imagerie populaire traditionnelle flamande et l'objet de série, dans une tentative de séduction à connotation de médiocrité, liée à la production semi-industrielle. Ainsi des objets quotidiens, ou encore des objets de la culture de masse, sont pervertis par un recouvrement excessif de motifs ornementaux.

Michel Gauthier
"Une révolution copernicienne"
"À partir de quelques œuvres comme les Quatre Panneaux de Verre de Gerhard Richter, la Double Steel Cage de Bruce Nauman, les Corridorscope et Touroscope de Daniel Buren ou nombre de pièces de Gerwald Rockenschaub, il s'agit de considérer, en ses diverses variantes, le phénomène singulier qui a vu l'œuvre d'art cesser d'être l'objet du spectacle pour devenir le point de vue sur une réalité dont elle n'est plus le foyer. Bref, il est question d'essayer de comprendre comment et pourquoi l'œuvre a ainsi résolument accepté de donner sa place au spectateur, d'être la place du spectateur."

Michel Gauthier est critique d'art. Il est l'auteur de quatre ouvrages dont le dernier L'Anarchème vient de paraître aux éditions du Mamco (Genève). Il a notamment publié de nombreuses études dans Les Cahiers du Musée national d'art moderne. Son prochain ouvrage est consacré à l'oeuvre d'Olivier Cadiot.

suite du colloque le samedi 09 novembre à la Villa Gillet ...

Michel Poivert
"La forme documentaire en photographie"
"Le caractère d'évidence de la photographie est le produit d'une construction rhétorique comme d'une disposition du sens commun. La notion de document incarne cette transparence que renforce encore la valeur d'usage des images. Pourtant, nombre d'artistes photographes se sont emparés d'un style ou plus exactement d'une forme documentaire. Inscrite dans une histoire qui remonte au début du XXe siècle, cette forme documentaire a entretenu avec vigueur les ambiguïtés de la photographie que l'art a souvent cherché à neutraliser. L'esthétique documentaire se présente historiquement comme une utopie, celle du "neutre" : ni art, ni information."

Michel Poivert, maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, préside la Société française de photographie. Rédacteur en chef adjoint de la revue Études photographiques, il a notamment publié Le pictorialisme en France (BNF/Hoëbecke, 1992), Robert Demachy (Nathan, 1997), le catalogue Valérie Jouve (CNP/Actes Sud, 1998) et récemment La photographie contemporaine (Flammarion, 2002).

Christian Milovanoff
"Le montage du réel"
"Ou comment le visible (le monde) se constitue et se pense à travers la stratégie du montage (attraction, association, passage). Pour cela je m'appuierai sur mon nouveau travail photographique "Conversation Pieces" conçu en 2001-2002 pour "The Frick Art & Historical Center" à Pittsburgh."

Christian Milovanoff, artiste, est professeur à l'Ecole Nationale de la photographie à Arles. Il a publié deux oeuvres de fiction Le Louvre revisité (Contrejour, 1986) et L'Ordre (Théétète, 2000) et écrit régulièrement des articles sur l'art contemporain et le documentaire en photographie et au cinéma (Jeff Wall, Frederick Wiseman, Johan van der Keuken, Peter Watkins...).

Jacques Aumont
"Effet de présence, art du présent. D'un effet de réel propre au cinéma"
"Du cinéma, on a beaucoup dit qu'il était l'art du présent. Souvent, ce n'a été qu'une façon assez plate de lui dénier la capacité à évoquer un passé, un futur, à susciter une relation au temps qui soit de l'ordre de l'imaginaire. Mais on lui a aussi beaucoup reproché de n'offrir qu'une présence imparfaite, fantomatique, matériellement et spirituellement moins riche que celle du théâtre. C'est que le cinéma, de fait, offre autre chose qu'une présence (et qu'un présent) : il offre un effet de présence, multiplement fondé et très diversement articulé. Sans prétendre donner une théorie générale de cet effet, on cherchera à l'évaluer sur deux exemples presque opposés, pris dans des films d'Ingmar Bergman et de Leighton Pierce."

Jacques Aumont est universitaire (Paris 3, EHESS) et enseigne l'esthétique et l'analyse des images mouvantes, surtout celles du cinéma. Il s'intéresse surtout, actuellement, à l'opération interprétative. Parmi ses ouvrages publiés, L'Oeil interminable (1989), L'Image (1990), Du visage au cinéma (1993), Amnésies. Fictions du cinéma d'après Jean-Luc Godard (2000) et Les Théories des cinéastes (2002).

Georges Didi-Huberman
"L'effet d'immanence"
"Roland Barthes interrogeait "l'effet de réel" selon le vraisemblable narratif et ce qu'il nommait la "plénitude référentielle" de la "représentation classique". Mais le réel peut-il jamais se réduire au "référent" ? Que se passe-t-il lorsqu'on pose le problème en termes d'immanence ? C'est ce qu'on peut tenter d'observer chez Victor Hugo, par exemple : dans ses poèmes, dans ses romans, dans sa philosophie comme dans ses admirables dessins, Hugo n'a cessé de produire des "effets d'immanence", dans le tressage desquels le "réel" cesse de s'identifier aux objets extérieurs de la description. Il devient alors matière, milieu, épaisseur en mouvement, mer."

Georges Didi-Huberman, philosophe et historien de l'art, enseigne à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales. Il a publié une vingtaine d'ouvrages sur l'histoire et la théorie des images. Parmi ses dernières parutions : L'Homme qui marchait dans la couleur et Génie du non-lieu. Air, poussière, empreinte, hantise (Minuit, 2001), L'Image survivante. Histoire de l'art et temps des fantômes selon Aby Warburg (Minuit, 2002) et Ninfa Moderna. Essai sur le drapé tombé (Gallimard, 2002).

Patrick Lacoste
"Le réel, en effet"
"La psychanalyse s'est construite par redéfinitions successives de la "représentation" en s'éloignant de l'esthétique. De cette distanciation, la psychanalyse "appliquée" en aura masqué les points de rupture les plus décisifs. La question serait, aujourd'hui, de trouver les moyens de restituer à la réflexion esthétique les dividendes d'emprunts incessants et parfois outranciers. À cette fin, les usages de la notion de "réel" ne sont pas les moins problématiques et, de même, l'idée de réalité. Comment la réalité de l'art enrichit-elle les théorisations de la réalité psychique ? Comment l'effet esthétique s'offre-t-il à contrecarrer les failles du réel dans "l'appareil psychique" ? C'est dans la direction de ces deux questions que la réflexion psychanalytique peut tenter de contribuer."

Patrick Lacoste, psychanalyste à Bordeaux, a enseigné à l'Université Paris 7 et à l'EHESS. Membre du comité de rédaction de L'Inactuel, il a collaboré à diverses revues dont L'Écrit du temps et La Nouvelle Revue de Psychanalyse. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, parmi lesquels : L'Étrange cas du Professeur M. : Psychanalyse à l'écran (Gallimard, 1990), Contraintes de pensée, contrainte à penser (PUF, 1992), Liberté sur paroles et Brèches du regard (Circé, 1998).

Conclusion de Marianne Alphant
Marianne Alphant a enseigné la philosophie avant d'être journaliste littéraire à Libération. Elle dirige actuellement les Revues Parlées du Centre Pompidou. Elle a notamment publié L'Histoire enterrée (P.O.L, 1983), Claude Monet, une vie dans le paysage (Hazan, 1993) et Pascal, tombeau pour un ordre (Hachette Littératures, 1998).

www.villagillet.net