à venir • 05 novembre 2014 (17:00) • Benoît Maire [artiste] 
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Patric Jean
 mer 16 mars 2005 (16:00)
Patric Jean [cinéaste]

 amphi de l'ENBA (rue Neyret) 1er étage de l'ENBA (ancien site) 10 rue neyret 69001 Lyon
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extrait audio
Il a grandi au Borinage en Belgique entre des grands-parents issus du milieu ouvrier et une mère chanteuse d’opéra. Après avoir suivi des cours d’art dramatique pendant dix ans, il entre au Conservatoire Royal de Bruxelles en discipline parlée et décroche un premier prix. Il étudie ensuite à l’Université Libre de Bruxelles et obtient une licence (maîtrise) en lettres. Devenu professeur de français, il entre à l’INSAS en classe de réalisation cinéma .
Il est reconnu dés son premier film : Les Enfants du Borinage, Lettre à Henri Storck.


Interview… réelle et fictive

Vos premiers films vous placent délibérément dans 2 territoires, le social et le documentaire, ce sont des bases incontournables de votre travail ?
Je me sens, depuis longtemps, concerné par les problématiques sociales. Moins ce que l'on appelle traditionnellement le rapport de classes que la structure cachée et souvent taboue qui sous-tend le fonctionnement de notre société.
Le documentaire est à la fois un bon médium pour questionner ces thématiques mais il a ses limites. C'est la fonction formelle du documentaire qui me donne encore aujourd’hui le goût de continuer, sans savoir si je resterai dans cette case (sic). A la fois, ce type de cinéma permet de donner à l'introspection une valeur sociologique voire universelle et d'autre part, c'est la forme (ou comment fonctionnent la prise de vue, le montage de l'image et du son) bien plus que le fond qui donne un intérêt au propos. Le documentaire de création se retrouve ainsi à cheval entre des pratiques d'un côté politique, sociologique ou militante (c'est selon) et d'autre part la recherche formelle de cinéma, la photographie, la musicalité, le travail sur le temps... Pas surprenant de le retrouver de plus en plus dans les galeries et de moins en moins à la télévision. J'essaie donc de me positionner au centre de ce paradoxe. Pour le meilleur et pour le pire selon les points de vue.

Vos films sont ancrés dans le social, pourquoi? Pour dénoncer, par militance?
Je ne veux évidemment pas faire que cela. Mais il est vrai qu’il y a urgence…

Comment se fait le choix entre le documentaire ou la fiction? Continuerez-vous dans le documentaire ou passerez-vous à la fiction?
Les deux m’intéressent. Les deux genres ont leurs avantages et leurs limites. Impossible de montrer en documentaire ce que les frères Dardenne parviennent à faire ressentir en fiction. Mon idéal serait entre les deux genres, une sorte de mélange. Mais je n’y suis pas encore, j’ai encore beaucoup de travail. Travailler le style. Mais c’est difficile en documentaire car vous êtes coincé entre la volonté d’en dire plus et celle de le dire mieux. Il y avait par exemple une séquence de «La Raison...» avec un homme qui se promenait dans un quartier H.L.M.. et parlait de la délinquance en col blanc. Un sociologue a vu le montage et trouvait qu’il fallait en dire plus en ce sens. Mais quand Thierry Garrel a vu le montage, il a trouvé que la forme de cette séquence ne correspondait pas au reste du film. La texture n’était pas la même. Il avait parfaitement raison et on a enlevé la séquence mais en regrettant de ne plus dire certaines choses. Ce sont toujours des choix difficiles pour lesquels on fantasme sur le degré d’information du spectateur: est-ce qu’il va comprendre ça? est-ce qu’il sait déjà ça? Un vrai casse-tête! Mais passionnant. Pour répondre à votre question, je travaille à un scénario de fiction et je réfléchis à un projet documentaire.

Quelles sont vos affinités électives, des artiste ou des cinéastes qui nourrissent votre parcours et votre travail ?
Pour les cinéastes qui m'intéressent, je parlerais plutôt de films que de cinéastes. Je m'intéresse pour l'instant beaucoup à ce qui se joue à la frontière du documentaire et de la fiction et où des choses intéressantes se jouent actuellement. On peut évidemment faire référence à Rossellini qui dans certaines fictions cherchait une vérité documentaire en plaçant certains acteurs dans une situation où le réel débordait sur la fiction et le personnage qu'ils y incarnaient. La transition est évidente avec certains cinéastes comme Pialat ("A nos amours") ou Moretti ("journal intime" par exemple). Certains documentaristes actuels jouent sur cette plage en partant, non plus de la fiction mais du documentaire dans lequel ils placent une situation, une mise en scène, une structure ou un personnage de fiction.
Un précurseur est évidemment Peter Watkins qui dès les années 70 inventait une manière de raconter le réel en passant par la fiction dans laquelle il réintroduisait du documentaire ("La bombe", "Punishmentpark"). Actuellement, un cinéaste israélien, Avi Mograbi, sorte de Mickael Moore àrebours, invente aussi un cinéma documentaire ou la fiction raconte l'indicible.

Son dernier film, « la raison du plus fort » a été programmé à Lyon récemment.