à venir • 29 avril 2015 (17:00) • Jorge Queiroz, [artiste] 
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Anita Molinero
 mer 30 mars 2005 (16:00)
Anita Molinero [artiste]

 amphi de l'ENBA (rue Neyret) 1er tage de l'ENBA (ancien site) 10 rue neyret 69001 Lyon
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extrait audio
Sans Dsignation Fixe (ou la dlocalisation de la sculpture formelle)
A notre sens les uvres d'Anita Molinero sont leurs matriaux. Des matriaux que l'on continue nommer avec les mots du bord : bton agglomr, mousse polyurthane, vtements, ruban adhsif, carton, banc... hier, pouvant servir se protger, s'abriter, s'habiller, se couvrir, se poser, se reposer, se protger ; objets utilitaires de simple rang tels que plaque de polyfoam, filet, container, palette en bois... aujourd'hui, pouvant servir isoler, caler, retenir, transporter ;... ni pauvres, ni riches, encore que les matriaux soient d'avantage l'apanage des pauvres et les objets, la carte de visite des riches, sauf considrer spcifiquement les plus basiques d'entre eux, recycls pour des usages de survie.
Sans tre autobiographique, la manire des matires de Beuys, ils ne sont pas rebuts portant l'empreinte du temps comme chez Stankiewicz, ni spectaculairement prsents comme chez Nancy Rubins. Ils sont "nos contemporains" au sens d'un Sacha Guitry ne montant de Degas que l'image filme d'un vieillard sur un boulevard et que seule la dsignation du commentaire tire de son anonymat. Ces matriaux sont assembls, tout au moins juxtaposs, empils, disons runis. Ligaturs, emmaillots, entravs. Ils sont comme recroquevills, comme dlis, sans pourtant que leur existence ne devienne une nigme.
Plus rcemment, disposs sur un socle, rigs sur le sol ou suspendus depuis le plafond, des objets disons "vulgaires" se singularisent, acquirent la proprit de l'Unique, osent une expressivit exacerbe, rvlant leurs panchements et transformations sous l'effet de la chaleur distille par toute une gamme d'instruments (chalumeau, dcapeur thermique, sche-cheveux) manis par l'artiste. S'il est possible de dire que des propositions d'Anita Molinero figurent un tat "critique" du monde industriel, elles se diffrencient pourtant nettement des "phnomnes" de la post-consommation qu'engendrent les court-circuit culturels orchestrs par Chen Zen : alors que l'un cherche ouvertement impressionner, Anita Molinero recherche nos impressions du monde.
Quasiment spectaculaires, sous le coup d'un rchauffement brutal, certaines sculptures, au contraire, se rappellent bruyamment nous. Faisant corps, meurtrissures l'appui, aprs avoir dpass l'tre, elles se manifestent dans le devenir de leur environnement : la crote de crasse des clochards de Duane Hanson allongs au milieu des dtritus, les incluait dans la gangue urbaine, les boursouflures et les coulures nes de la fusion dans les sculptures contemporaines d'Anita Molinero dsigne tous le magma comme dlocalisation venir. Leurs couleurs, de seconde main, simplement extravagantes, contredisent le nouvel onirisme du design technologique cherchant relooker le monde. Elles rappellent ces vtements qui, distribus aux plus dmunis, s'apparentent des accoutrements de mutants l'apparence familire.
Car de fait les mots (et les images) que nous employons ne correspondent plus au monde, ils doivent cesser de rester les mmes. Or, il nous faut imprativement donner les noms (et codifier l'iconographie) de nouveaux chantillons. Le remploi d'autres langues pour en parler (ainsi des termes junk, garbage, grunge, trash, flashy, destroyed) ne suffit pas. Il vient trop tard car, maintenant, le moment important de la vie des choses est celui juste avant qu'elles ne deviennent autre chose. Sinon, pourquoi Anita Molinero s'entterait-elle continuer d'appeler "sculptures" ce qui prcisment, sous nos yeux, bascule dans l'a-sculpturation ou l'autodestruction ( hritage fortuit du Destruction in Art Symposium organis Londres en 1966), y compris via l'indispensable fiction des correspondances et rapprochements avec d'autres uvres : certaines plus anciennes, comme les pices de tissu de Barry Flanagan (1968), celles en mousse de Chamberlain (1967-1968), ou d'autres, plus actuelles, ainsi des installations de Urs Frei ou Jessica Stockholder, sans oublier tout Franz West., l'indispensable.
Xavier Douroux avril 2004 (extraits)