à venir • 05 novembre 2014 (17:00) • Benoît Maire [artiste] 
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Anita Molinero
 mer 30 mars 2005 (16:00)
Anita Molinero [artiste]

 amphi de l'ENBA (rue Neyret) 1er étage de l'ENBA (ancien site) 10 rue neyret 69001 Lyon
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extrait audio
Sans Désignation Fixe (ou la délocalisation de la sculpture formelle)
A notre sens les œuvres d'Anita Molinero sont leurs matériaux. Des matériaux que l'on continue à nommer avec les mots du bord : béton aggloméré, mousse polyuréthane, vêtements, ruban adhésif, carton, banc... hier, pouvant servir à se protéger, s'abriter, s'habiller, se couvrir, se poser, se reposer, se protéger ; objets utilitaires de simple rang tels que plaque de polyfoam, filet, container, palette en bois... aujourd'hui, pouvant servir à isoler, caler, retenir, transporter ;... ni pauvres, ni riches, encore que les matériaux soient d'avantage l'apanage des pauvres et les objets, la carte de visite des riches, sauf à considérer spécifiquement les plus basiques d'entre eux, recyclés pour des usages de survie.
Sans être autobiographique, à la manière des matières de Beuys, ils ne sont pas rebuts portant l'empreinte du temps comme chez Stankiewicz, ni spectaculairement présentés comme chez Nancy Rubins. Ils sont "nos contemporains" au sens d'un Sacha Guitry ne montant de Degas que l'image filmée d'un vieillard sur un boulevard et que seule la désignation du commentaire tire de son anonymat. Ces matériaux sont assemblés, tout au moins juxtaposés, empilés, disons réunis. Ligaturés, emmaillotés, entravés. Ils sont comme recroquevillés, comme déliés, sans pourtant que leur existence ne devienne une énigme.
Plus récemment, disposés sur un socle, érigés sur le sol ou suspendus depuis le plafond, des objets disons "vulgaires" se singularisent, acquièrent la propriété de l'Unique, osent une expressivité exacerbée, révélant leurs épanchements et transformations sous l'effet de la chaleur distillée par toute une gamme d'instruments (chalumeau, décapeur thermique, sèche-cheveux) maniés par l'artiste. S'il est possible de dire que des propositions d'Anita Molinero figurent un état "critique" du monde industriel, elles se différencient pourtant nettement des "phénomènes" de la post-consommation qu'engendrent les court-circuit culturels orchestrés par Chen Zen : alors que l'un cherche ouvertement à impressionner, Anita Molinero recherche nos impressions du monde.
Quasiment spectaculaires, sous le coup d'un réchauffement brutal, certaines sculptures, au contraire, se rappellent bruyamment à nous. Faisant corps, meurtrissures à l'appui, après avoir dépassé l'être, elles se manifestent dans le devenir de leur environnement : la croûte de crasse des clochards de Duane Hanson allongés au milieu des détritus, les incluait dans la gangue urbaine, les boursouflures et les coulures nées de la fusion dans les sculptures contemporaines d'Anita Molinero désigne à tous le magma comme délocalisation à venir. Leurs couleurs, de seconde main, simplement extravagantes, contredisent le nouvel onirisme du design technologique cherchant à relooker le monde. Elles rappellent ces vêtements qui, distribués aux plus démunis, s'apparentent à des accoutrements de mutants à l'apparence familière.
Car de fait les mots (et les images) que nous employons ne correspondent plus au monde, ils doivent cesser de rester les mêmes. Or, il nous faut impérativement donner les noms (et codifier l'iconographie) de nouveaux échantillons. Le réemploi d'autres langues pour en parler (ainsi des termes junk, garbage, grunge, trash, flashy, destroyed) ne suffit pas. Il vient trop tard car, maintenant, le moment important de la vie des choses est celui juste avant qu'elles ne deviennent autre chose. Sinon, pourquoi Anita Molinero s'entêterait-elle à continuer d'appeler "sculptures" ce qui précisément, sous nos yeux, bascule dans l'a-sculpturation ou l'autodestruction ( héritage fortuit du « Destruction in Art Symposium » organisé à Londres en 1966), y compris via l'indispensable fiction des correspondances et rapprochements avec d'autres œuvres : certaines plus anciennes, comme les pièces de tissu de Barry Flanagan (1968), celles en mousse de Chamberlain (1967-1968), ou d'autres, plus actuelles, ainsi des installations de Urs Frei ou Jessica Stockholder, sans oublier tout Franz West., l'indispensable.
Xavier Douroux avril 2004 (extraits)