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Tania Mouraud
 mer 12 octobre 2005 (17:00)
Tania Mouraud [artiste]

 amphi de l'ENBA (rue Neyret) 1er étage de l'ENBA (ancien site) 10 rue neyret 69001 Lyon
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extrait audio
L'intérêt que suscite aujourd'hui l'œuvre de Tania Mouraud, artiste française née en 1942, est principalement lié à certaines questions dont elle est porteuse, sur l'identité, notamment féminine, sur la responsabilité de l'artiste dans la société et face à l'histoire. [...] L'artiste, qui s'est d'abord formée dans la mouvance de l'art conceptuel, démontre comment se « voir voyant » doit permettre d'aller se ressaisir du sentiment vital de soi. L'investigation continue des fonctions perceptives et cognitives, par la stimulation sensorielle dans les environnements de la fin des années 1960, par les moyens analytiques de l'art conceptuel dans les années 1970, par l'imbrication du vu et du lu dans les contre-formes peintes des décennies suivantes, constitue bien l'un des fils rouges de cette œuvre polymorphe. Environnements sensoriels, photo-textes conceptuels et pseudo peintures dissimulant des énoncés linguistiques apparaissent comme autant de moyens de produire du concept à propos de percept.

L'acte qui signe avec le plus de détermination l'entrée de Tania Mouraud sur la scène de l'art apparaît aussi comme un déni fondamental à son encontre et comme l'expression d'un refus d'une grande violence symbolique : en 1969, elle livre aux flammes la totalité de sa production picturale, plusieurs dizaines de toiles résultant de quatre à cinq années de pratique assidue de la peinture.
Il est évident que cet autodafé ne doit pas être interprété comme un coup d' arrêt total et définitif, ni comme un subit accès de fureur destructrice : tout, dans la mise en scène qui l'accompagne, relève au contraire d'une stratégie soigneusement concertée et traduit la recherche d'une attitude porteuse de significations toujours opérantes dans le cadre spécifique de l'art. Loin d'être resté un événement confiné à la sphère privée, l'artiste a voulu lui donner une portée publique. Il s'est tenu dans la cour de l'hôpital de Villejuif où Tania Mouraud, grâce à ses relations, occupait un atelier modeste, en présence d'une assistance où avaient été conviés certains membres du monde artistique (Jean Larcade, directeur de la galerie Rive Droite, s'était déplacé), tandis qu'un ami de l'artiste, photographe professionnel, fixait pour la postérité les étapes de l'iconoclaste cérémonie et transformait en images la destruction des images.
Comme on s'en doute, cette entrée en art par un geste qui semble en signifier la mort proche n'a en fait que l'apparence du paradoxe. Entrer dans la carrière en faisant semblant d'en sortir, c'est en fait une posture que l'on a souvent adoptée dans la génération à laquelle appartient l'artiste ; elle traduit l'impérieuse nécessité de faire reconnaître comme un préalable la mort de l'art avant de mener toute action réellement justifiée en ce domaine. "peinture, poésie et cinéma seront faits par ceux qui reconnaissent la mort de l'œuvre d'art", proclamait Alain Jouffroy en 1968 dans le film prérévolutionnaire de Serge Bard, Détruisez-vous.

extrait du catalogue de Tania Mouraud par Pierre Arnauld [Flammarion / CNAP]

Site personnel de Tania Mouraud