à venir • 29 octobre 2014 (17:00) • Jean-Charles Massera [écrivain, artiste] 
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Pascal Pinaud
 mer 19 octobre 2005 (17:00)
Pascal Pinaud [artiste]

 amphi de l'ENBA (rue Neyret) 1er étage de l'ENBA (ancien site) 10 rue neyret 69001 Lyon
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Dire que Pascal Pinaud fait un travail de peintre est à la fois, et jusqu'à un certain point, plausible et restrictif. Plausible dans la mesure où tous Les exégètes de son art ont souligné cet ancrage pictural et que L'artiste lui-même se qualifie. L'inscription PPP apparue dans son travail en 1995, abréviation de Pascal Pinaud Peintre (Pascal Pinaud painter, Pascal Pinaud pittore etc.) est une façon pour lui de proclamer, avec une bonne dose d'humour, son identité professionnelle en en faisant une marque de fabrique… Mais, même si l'artiste fixe lui même l'identité de sa pratique et, en bon professionnel, en rajoute visiblement - et stratégiquement - une couche quant à son inscription dans l'histoire de la peinture, dans sa pratique ce qualificatif apparaît cependant et d'une certaine manière limitatif. Depuis l991, Pascal Pinaud décline le plus souvent la forme tableau, sa puissance de cadrage, en faisant de ses limites un moyen de densification, d'épaississement de tout ce qui matériellement se déroule dans le périmètre rigoureux que cette forme aura circonscrit, confirmant ainsi dès Le début de son entreprise la validité d'une histoire que de nombreuses pratiques modernes et actuelles ont travaillé à enrichir c'est-à-dire à analyser, à déconstruire. Or l'histoire du tableau n'est pas exactement superposable à celle de la pratique de la peinture. Il utilise aussi, la photographie mais pour inventer des pièces abstraites qui revendiquent la dimension picturale de l'image produite. Comme certains artistes , il déterritorialise ainsi l'histoire de la peinture en affirmant la permanence, la pérennité du format tableau avec d'autres moyens, d'autres outils que ceux d'un peintre. Ainsi la série TestArt qui, consiste en des photographies, toutes du même format en un seul exemplaire, de tests de couleurs dits test'art pratiqués par les carrossiers…Agrandie, la photographie de ces traces de pigment fait tableau, Comme toujours, il s'agit de travailler La question de la picturalité, de la faire varier, sans suivre les trajets balisés de la pratique picturale mais en restant le plus souvent fidèle au format tableau. Par là, il affirme les ressources inépuisables -et manifestement pour lui très jouissives - du cadre, de cet espace de contrainte mais à la fois aussi de multiplication des gestes et des techniques (des gestes déléqués, des techniques déplacées, un cadre qui rend possible une véritable heuristique de la picturalité. Bien plus, cette déterritorialisation de la pratique artistique l'a amené, depuis le milieu des années l990,à utiliser l'espace intérieur de différents lieux et des sites extérieurs dans toute leur ampleur. Ainsi, en 1995, par exemple,a-t-il construit une circulation au sein de son œuvre à partir de pièces réalisées et installées dans la galerie Evelyne Canus. Là aussi, un cadre s'impose, mais il correspond maintenant aux limites du lieu d'accueil: il est un tableau à la mesure de l'architecture. Visiter ses expositions, c'est prendre conscience que tout compte précisément ici, que tout est susceptible d’apparaître: les marques au sol dans une salle, les volumes dans lesquels le travail est montré, etc., tout est susceptible de devenir un élément qui compose l'exposition des œuvres. Le travail de l'artiste aura alors consisté à relever le pictural qui nous entoure, à le montrer en le construisant… En 1994 aussi, I'exposition de La Turbie lui a permis d'aller à l'extérieur , dans le paysage, pour inventer un accrochage aérien: composée de drapeaux sur lesquels sont inscrites les dates des 45 dernières guerres ayant eu lieu dans le monde au moment où se déroule l'exposition. Il a repris le principe en 1999 dans l'exposition Mémoire-présent au musée d'art contemporain de Santiago, au Chili,. Encore et toujours cette volonté d'aller ailleurs, d'être là où l'histoire du pictural, historiquement, ne s'écrit pas. Cependant, si ces quelques exemples laissent sommairement entrevoir combien et comment Pascal Pinaud déterritorialise la question de la peinture quelque chose reste irréductiblement présent depuis les premiers moments: une rigueur d'effectuation, une attention forcenée aux matériaux, une passion pour l'exploration et la multiplication des procédures qui fait de l'œuvre une opération, une propension à aller puiser ailleurs que dans le champ de l'art ou de la culture , Les outils et Les gestes de sa pratique, la conviction que l'œuvre se passe, existe, se produit, aussi et beaucoup, dans le moment de sa matérialisation…
Finalement, dans toutes ces manipulations de formes et de matières, dans cette exploration des gestes et des procédures, où est passée la peinture ? Pascal Pinaud a remplacé la question de ta peinture par celle de la picturalité. Cela signifie qu'il fait des tableaux davantage que de la peinture, et qu'il explore, avec des outils inventés à partir de déplacements de gestes, à partir de déplacements d'opérations, les transports du pictural. Il lui appartient cependant d'avoir réalisé son œuvre dans une sorte de fidélité totale et obstinée à la matérialité des pièces, à leur qualité concrète, à leur densité.
De ce point de vue, son travail propose aussi une manière de matériologie, une heuristique du faire, tramé qu'il est par une sorte de jouissance tactile et optique à produire des formes, à opérer dans le réel et ses textures, à faire œuvre. Et à constater la permanence, l'insistance, du ravissement matériel qui l'anime.
Extraits libres de Picture puzzle de Thierry Davila

Pascal Pinaud expose au MAM de Saint-Étienne Métropole du 12 septembre au 20 novembre 2005.

Transpainting exposition au Mamco // 2001

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