Notre virtualité quotidienne
Je regarde la télévision, le cinéma, les photos de presse, de publicité, autant de systèmes de représentation admis qui permettent et orientent une certaine image-idée du monde.
On vit dans ces représentations. Leurs histoires se mêlent à l'histoire.
Je retravaille ces visions, ces systèmes imaginaires qui hantent notre regard sur "le r éel". Je veux les rendre habitables et les hanter à mon tour.
Ces décors, ces mises en scène, créés pour servir une fiction ou une entreprise documentaire, s'autonomisent par rapport à leur fonction première, et reprennent une existence "géographique". J'en esquisse des cartes, où de nouveaux parcours sont possibles; déambulations libres où l'on passera peut-être à-côté de l'action, ce qui permettra justement d'assister à cet « à-côté » du spectacle, et de parcourir ce hors-champ infini de l'image.
Ces univers imaginaires, clos, ordonnés, qu'on ne pouvait expérimenter qu'en suivant le sens agencé par le récit ou par l'information délivrée, se ré-ouvrent à l'errance, à l'improvisation, à une infinité d'expériences possibles.
J'agis donc sur ces images pré-existantes par diverses interventions (remontage, décadrage, incrustation, reconstitution), en m'attachant particulièrement aux décors qui servent ces mises en scènes "réalistes", décors qui sont l'image même de l'espace occupé par ces univers virtuels, composés autant de paysages que de visages, de mots ou de formes, mais dont la dimension spatiale serait déployable et praticable, sous les lois réalistes de l'indétermination et de l'incommensurable.