J’envisage la ville comme un espace à ressentir, le lieu d’une forte expérience corporelle. Notre raison s’est peut-être insensibilisée au torrent de sensations que le parcours d’une ville engendre. Elle réduit probablement la cité à un simple lieu de passage, une zone de transition, une succession d’espaces vides, un interstice entre le lieu connu, apprivoisé et des lieux à découvrir, à s’approprier. Mais nos corps, eux, ne sont jamais neutres : ils sont toujours mus et émus, dans cette ville qui mue. Ils sentent leur pouvoir sur cet espace fragile qu’il faut penser et panser…
La journée commence à peine et voilà déjà qu’une procession lente et bruyante s’empare des rues, des avenues et des autoroutes. Entassés dans des transports en commun ou au volant de leur voiture, les corps regagnent le cœur de la ville après une « trêve » passagère. De cette armée de voyageurs sans bagages, surgit une brume glauque, qui m’accueille et m’enveloppe. Je m'élance, j’accélère et j’évite. Je double et me dédouble pour gagner du temps. Je motorise mon corps et je l’asphyxie. Je rentre chez moi, convaincu que mes murs sont des remparts. En réalité, ils m’emprisonnent et concentrent toutes les pollutions... A l’extérieur comme à l’intérieur, j’évolue dans un immense bouillon de culture.