Je m'intéresse à la fiction, aux univers de la prospective, la futurologie, la science-fiction, l'utopie et la dystopie. Exercer la fiction dans le domaine du design, c'est prendre en considération l'histoire et l'actualité, puis extrapoler, tirer des hypothèses, des possibles ou impossibles de vie, d'environnements matériels et sociaux. C'est un rapport d'analyse et d'imaginaire que je souhaite établir avec notre écologie artificielle.
Le travail présenté est une interrogation sur le « reste », dans le champ de la matière. Le reste, c'est le résidu et le trop. C'est ce qui n'a plus de valeur ou ce qui pollue. Il est exclu et rejeté loin du cercle de la vie. Or nous vivons à une époque de densification et d'étalement. La population, l’agro-alimentaire, l'énergie, l’architecture, les objets, l’emploi du temps s'intensifient. Les cercles se touchent. L'espace des marges et des décharges se réduit. Notre époque est fortement touchée par la « pollution », dans le sens de la rencontre d'éléments qui ne sont pas compatibles, à la fois socialement et écologiquement.
Nous intégrons certains restes, par le recyclage, et désintégrons d'autres restes (par incinération par exemple). Cependant beaucoup d'entre eux sont cachés et dissimulés. Ils sont rendus invisibles à notre regard pour des raisons politiques et économiques. Je me suis demandé comment les faire ressurgir avant qu'ils ne nous submergent.
C'est au moyen du contre-projet que j'ai opéré. J'ai monté des fictions d'usage, faisant apparaître le reste comme matière première pour des objets et des architectures. Criquets ravageurs, pain sec, pelures, ordures de Naples et déchets plastiques marins sont proposés comme matériaux pour construire des murs, des meubles, des gâteaux, des collines et des îles artificielles, par un principe d'agglomération. La palette choisie dans des faits réels va de l'insignifiant à l'énormité. La trame de la fiction est que nous n'avons plus d'autre matière que les restes, l'homme n'ayant pas réussi à préserver l'écosystème. L'ensemble est scénographié dans un faux salon du développement durable.
Ces propositions naviguent entre le pragmatisme et l'utopie, la catastrophe et la renaissance. J'interroge les rapports matière et matériau, intègre et exclu, naturel et artificiel.