Couple Homme / Machine
Mouvements du corps machinal, machines en mouvement.
Dans un environnement rempli d’ondes électriques et électromagnétiques, je dors. Je me couvre de fils, et j’arbore les circuits imprimés. Les rythmes communs au couple humain-machine ne commencent pas à un moment précis. L’humain décide de commencer et une fois le cycle lancé, il attend que la machine termine. Non loin des machines de François Roche, la confiance mise en chacunes d'elles les rend autonomes. Et si ma vi-lle se construisait toute seule ?
Je visse, et dévisse une machine fragile, ses axes se tordent, mes forces indé-serrables se dé-serrent, mon cadre mou se courbe. Je crée ma machine, elle n'a aucune autre utilité que celle d'être construite. Machine molle, mécanique inoffensive.
Loin des règles de mécanique perpendiculaire. J’ai trouvé la faille où je me suis glissée, perdue, et j’ai décidé de laisser le choix à ma machine. Cette faille se matérialise par ce mur qui devient "une ligne de partage et de recul" où les hommes et les machines se rencontrent.
Jean-Luc Nancy. Des Lieux Divins. TER, 1987.
Ce rythme machinique je le retrouve dans ma vi-lle, dans les respirations du métro.
Marcher, avancer sur les passerelles et dans les couloirs souterrains.
L’individu n’a pas à prendre de décisions, il doit avancer sinon on le bouscule.
On trace des passerelles rectilignes qui évitent que les flux ne s’entrechoquent.
Je propose à "Fraction impromptue", un groupe de danseurs performeurs, de s’aventurer dans ces couloirs, pour interagir sur ces flux, en tant que corps conscient de son amplitude, conscient de son rythme biologique. Un travail sur la notion de vitesse : comment dans un espace comme le métro obéit-on au rythme imposé par les rames ?
J'ai extirpé des échantillons de population, pour donner forme à une série d'objets chorégraphiques, des objets de contrainte liés à des pensées. Ils matérialisent des règles de savoir-vivre. Mes objets prennent une apparence masochiste. Effectivement, cette auto-censure explicitée fait un peu peur. La licorne de Rebecca Horn donne une posture au corps, en équilibre sur le crâne, cette longue prothèse oblige à garder la tête haute. Je rends compte d'habitudes, de règles.
La sonnerie du téléphone : je dois communiquer, la sonnerie de la machine à laver : je dois transférer dans le sèche-linge, la sonnerie du métro : je ne dois plus entrer, la sonnerie du réveil : je dois me lever, la sonnerie du minuteur : je dois manger, la sonnerie de l’interphone, je dois appuyer sur le bouton.
Chaque alarme correspond à un geste machinal. Je me plie aux exigences du temps, je suis le cycle de nos micro organes-électriques.
Finalement à moi de m’adapter.