Chaque matin elle recommence, la danse des gestes fondateurs, poussant des millions de personnes à enchaîner des mouvements demeurant inconnus. Gestes si profondément inscrits dans le corps de chacun qu’on les pense à peine. Ils lui apparaissent au mieux comme anodins, insignifiants. Il n’y a peut-être rien de plus important que les mesquineries domestiques qui nous agitent quotidiennement. Chaque matin, chacun d’entre nous reconstitue les bases d’un système d’une complexité inouïe. Un système d’ordre et de classement, définissant la place de chaque chose dans un ensemble d’agencements, qui, malgré sa modestie apparente, crée les fondements de toute civilisation.
Des milliers d’objets circulent simultanément et suivent des trajets plus ou moins tortueux et incertains...Chaque personne qui recommence, chaque jour, les mêmes gestes, chez elle, n’a pas réellement conscience de reconstruire les bases d’un système d’ordre sans lequel son existence serait impossible, il se laisse porter par des gestes banals, sans y penser, afin de liberer son cerveau pour d’autres réflexions ou d’autres actions plus importantes.
L’espace domestique et sa quotidienneté sont au centre de nos préoccupations et de notre projet. L’univers consumériste dans lequel nous évoluons rend nos habitats assimilables à des espaces de stock, d’accumulation. Nous pensons donc que la période que nous traversons est propice pour reconsidérer nos modes de fonctionnement et plus précisément notre façon de prêter attention à ce qui nous entoure.
Ce projet de recherche questionne le banal, les gestes et les automatismes dont il est empreint.
Constatant que l’univers dans lequel nous évoluons est en mutation constante et rapide, nous sommes intéressées tout particulièrement à de nouveaux scénarios de vie, générés par ce monde en transition. Nos modes de vie étant grandement déterminés par des objets, la question du comment vivre mieux nous parait opportune.
Ajouter au monde? Proposer autrement? repenser les agencements?
Ce qui nous interroge et nous intéresse, c’est comment penser une nouvelle préhension de l’objet ordinaire, de l’espace et de son organisation.
Nous voulons traquer les liens qui se forment entre nos gestes et ce qui nous entoure. Nous positionner au coeur de situations singulières souvent oubliées ou négligées du design.
Il s’agit alors pour nous de développer un design de «l’infra-visible», c’est à dire un design discret et sensible, adapté à différentes situations de vies, engendrant de nouveaux comportements. Un design non pensé pour tous mais pour chacun, dans une proximité et une réalité sociale.
Comment pourrait-on générer des formes liées à des attitudes, à des réflexes qui seraient pensé dans un contexte précis, et ancré dans une histoire déjà écrite?