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03-12-2008

Italo Zuffi

«Le monde est toujours comme Vénus Anadioménon....» extraits . «A côté de l’histoire qui arrête graduellement les actions des hommes...il y a le fantasme de l’histoire: le grand trou, le vide qui absorbe les actions des hommes qui échappent à l’histoire et les détruit....(1) Les objets que met en scène Italo Zuffi sont des accessoires d’un film éternellement à venir, fait de suspensions de croyances, de déroutes et de manipulations. Changement d’échelle, inversion des proportions, citations, sont des éléments qui composent une simple cartographie. Le jeu introduit est simple: donner à penser qu’un sens pourrait ordonner le monde, à travers les représentations multiples d’un (tout) petit monde. Le coeur de tout cela : une exacerbation d’un auto-érotisme qui se nourrit d’auto-références, filtrées par le regard des autres, spectateurs-acteurs, témoins nécessaires d’une coquille vide. La conque de Vénus serait vide: l’absente opère un retour.   (...)Le rapport d’échelle, la mesure et les proportions sont essentiels pour que fonctionne l’illusion qui opère ici. Ce type de trucage est d’ailleurs récurrent dans le travail de Zuffi, qui joue souvent sur la similitude des objets qu’il fabrique avec d’autres objets existants. Par exemple la table «agitée» de «Shaking Gilies», qui ressemble aux tables à trier les fruits dans les usines de confiture ou bien les postures de «Reminder». Dans les deux cas déjà l’objet est un outil scénique, un accessoire ou une prothèse incongrue. Cette incongruité naît du décalage entre la chose et son usage, apparemment dévié. Tout se joue en périphérie, c’est-à-dire que le coeur de l’action a lieu a posteriori, dans la mémoire du spectateur. De même, les sculptures sont installées de telle manière que l’on tourne autour ou bien que notre rapport aux oeuvres soit distancé. (...). Ceux-ci fonctionnent par le rapport d’échelle des éléments, et de ceux -ci avec nos corps en mouvement autour. Ainsi cette architecture est investie de sentiments, humanisée. C’est le cas par ailleurs d’autres expériences de Zuffi, comme «Shaking Girl», 2005 ou «Progetto per un esempio crudele», 2005, deux exercices filmiques qui mettent en scène des acteurs et une architecture. Il s’agit d’évoquer un potentiel érotisme de l’architecture, qui est en fait l’autoérotisme du metteur en scène utilisant les figurants. Ce serait comme un tableau de Giorgio de Chirico animé, rejoué à l’aune des media disponibles aujourd’hui. Sexualiser l’architecture, comme l’a pointé Béatriz Colomina, (in «Sexuality and Space»), c’est faire de tout élément érigé un théâtre possible. Le théâtre du monde potentiellement activable par le rêve. «L’art comme fonction de mémoire» disait Alberto Savinio. Il s’agit de stimuler celle-ci par des objets qui ont reçu les stigmates d’actions passées.»Nous vivons en un monde fantasmatique auquel nous nous habituons peu à peu. ...Fantasmatique veut dire: phénomène de représentation à son début, genèse de tout aspect. Et, par égard à l’homme, état initial du moment où se fait la découverte, alors que l’homme se trouve en présence d’une réalité qu’il ne connaissait pas encore. Le monde est toujours comme Vénus anadioménon-parce que continuellement une mer, qui le portait en une gestation mystérieuse, suscite un nouveau dieu.» (2)  Ce théâtre du désir pourrait s’égarer dans celui de la cruauté, pervers et stérile car asexué ( à voir combien Artaud, éternel Corinthien, cherchait dans le cri des autres son impossible jouissance), mais il arrive à proposer, par ses formes esthétiques, une échappée belle. Parce que la scène est toujours définie, par un fil, une corde, qui sépare, le lien du langage est possible, une pensée est en acte. Les petits modules architecturaux posés au sol (ATTRACTION-REPULSION), constituent des micro architectures. Ce ne sont pas des maquettes, des modèles réduits, mais de petites fabriques. (...) Un petit théâtre s’est joué, avec d’anonymes acteurs, qui forment aussi le public. «L’homme commun oublie la tragédie...mais l’homme averti, l’homme qui a un esprit profond n’oublies pas la tragédie mais la résout par lui-même et s’en libère. Et après avoir résolu la tragédie de son enfance, en d’autres mots, sa tragédie personnelle, il résout graduellement la tragédie du monde et s’en libère, il expérimente un état de tranquillité, de légèreté et de «frivolité» duquel la mort est la conclusion bienvenue.» (Alberto Savinio, Scatola Sonora, écrits posthumes, Milan, 1955,p357. Alors, l’échappée, Belle. NB: Anadioménon: l a plus haute des Vénus, au-dessus des autres qui guérit, protectrice des femmes . Ana: avec Dio: sorti de Mena:déesse qui présidait aux maladies des femmes. (1)in «Dico a Te, Clio, 1940 Rome, p8 (2) Alberto Savinio, in «Le néoclassicisme dans l’art contemporain», éd de «Valori Plastici», Rome, p13 http://italozuffi.com