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06-05-2009

Marcelline Delbecq

L’histoire du mot et de l’image est une vieille histoire. Depuis l’Ut pictura poesis d’Horace, on ne compte plus les relations de dépendance et d’indépendance, d’attraction et de répulsion, qu’entretiennent ces deux dimensions de l’art et de la pensée. Marcelline Delbecq s’inscrit à sa manière dans ce débat en le déplaçant. Car elle introduit un troisième terme, la voix, qui vient perturber cette belle dialectique huilée depuis des siècles. En 2004, elle réalise une installation (So Long) constituée d’un livre ouvert sur une photographie de Marilyn Monroe (prise par Inge Morath durant le tournage de The Misfits) et d’une voix féminine chuchotée, retransmise dans un casque, lisant un texte qui relève à fois de la description et du monologue intérieur. La description objective du paysage à l’intérieur de l’image, se transforme, au fil de la lecture, en une supposition de monologue de l’actrice au moment de la prise de vue (entre deux scènes du film), pour revenir à la description objective du départ1. Le dispositif est d’autant plus efficace qu’il est simple. La voix supplée en effet ici aux manques de l’image, car ce qui est décrit c’est bien sûr, le hors champ du film, mais aussi le hors champ de l’image photographique. Ce point aveugle de l’image est le territoire de prédilection de l’artiste, car il lui permet d’élaborer ses propres situations narratives et fictionnelles. (…) Bernard Marcadé In cat. de l’exposition Ce qui demeure est le Futur, Musée de Picardie, Amiens, 2009