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16-01-2008

Mona Hatoum

Mona Hatoum est née en Palestine, a grandi à Beyrouth et vit à Londres depuis 1975. Jusqu’en 1988, elle s’est consacrée principalement à la performance et à la vidéo. Elle s’inspirait des dimensions personnelle et politique de l’exil. « Elle puisait loin dans sa propre expérience de l’exil, dans sa nostalgie du pays natal, sa colère et son indignation face à la dépossession de son peuple, son sentiment que le monde est un endroit étrange et souvent hostile », nous explique Richard Noble. À la fois espace de performance dont le corps de l’artiste est émetteur et catalyseur, ces installations vidéo jouent sur différents niveaux d’échelle, utilisant parfois la caméra endoscopique pour nous faire voyager à l’intérieur d’un corps. La performance Under Siege, créée en 1982, évoque la guerre civile qui a fait rage au Liban et qui a été la cause de son exil. Elle a passé sept heures à se débattre, nue, dans une boîte de polythène transparente remplie de boue liquide. Elle s’est imposée une telle contrainte physique afin de témoigner des souffrances de sa famille et du peuple palestinien tout en soulignant la distance qui la séparait du conflit. Aussi, la vidéo Changing Parts de 1983 a été une œuvre très importante dans la carrière de Mona Hatoum. Cette dernière juxtapose l’espace intime de la salle de bain de ses parents à Beyrouth avec l’effondrement de l’ordre public. À l’aide d’une série de photographies en noir et blanc, elle nous présente la salle de bain comme un endroit sûr, paisible. La caméra fait un lent panoramique à travers la pièce au son de la triste Quatrième Suite pour violoncelle seul de Bach. Le côté paisible s’atténue lorsqu’apparaît des images d’Under Siege, montrant Hatoum prise dans la boîte de polythène. Le corps, les espaces domestiques, reçoivent donc les stigmates ou sont les supports de violences qui viennent de l’extérieur. Ce passage de l’intime au public devient un procédé de révélation d’autres violences, politiques. On peut également entendre des sons cacophoniques tels des bulletins de nouvelles et des hurlements. Selon Richard Noble, « la salle de bain veut alors représenter un endroit où l’on peut se sentir en sécurité, mais également enfermé et en danger. » Il voit en Hatoum le besoin et l’impossibilité de rentrer chez elle. Depuis la fin des années 80, elle se concentre surtout sur la sculpture et l’installation. Un autre changement également remarqué est que la possibilité de rentrer chez elle a été abandonnée. Par contre, la volonté de représenter le « chez-soi » demeure. Elle a développé une façon de représenter étrangement les objets de la vie domestique ordinairement banals afin qu’ils deviennent des signes d’aliénation et de menace. Ses œuvres sont réalisées à partir de matières organiques tels des cheveux et des fluides corporels ainsi que des matériaux bon marché souvent trouvés par l’artiste. On parle ici d’ustensiles de cuisine, de ressorts de matelas, de bronze, de métal ou de verre. Ces éléments sont essentiels aux œuvres de Hatoum et sont un exemple du style minimaliste de la sculpture européenne. Elle s’inspire de l’histoire et de l’origine de ces derniers afin « d’entraîner le spectateur dans une interelation active, une mise en scène souvent floue et inquiétante », nous informe Amelia Jones, professeur d’histoire de l’art de l’Université de Manchester. Un bon exemple de son travail est La grande broyeuse de 1999. Cette sculpture a été inspirée d’un ancien modèle de râpe à nourriture. Hatoum l’a agrandi dix-sept fois. Cette œuvre mesure plus de onze pieds de haut et a été réalisée en acier. Elle a été créée dans le but de nous faire comprendre que parfois, nos craintes les plus profondes proviennent d’objets anodins. Vers la fin des années 80, l’électricité et le magnétisme s’ajoutent à la création de Hatoum afin de faire réagir les objets de façon plus menaçante. Mona Hatoum chez Chantal Crousel