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10-03-2008

Hugues Reip

« Portrait de l’artiste en Janus. L’œuvre de Reip aurait 2 faces : l’épiphanique et la déflationniste. Le titre de l’une des expositions de l’artiste, réalisée en duo, avec Melanie Counsell, est à cet égard significatif : On/Off. Inspiration, expiration. Tension, détente. Wire #1 (1996) et Wire #2 (1998). Dans le premier cas, des fils de fer tendus de mur à mur, comme le plastique des ballons qui viennent d’être gonflés, comme les cordes d’une guitare, comme les traits de glu grâce auxquels Spider-Man réalise ses héroïques cabrioles le long des buildings new-yorkais, comme les lignes organisant la perspective des peintres ou celles qui permettent l’apparition des images comme dans les quatre-vingts gravures à l’aiguille sur celluloïd, présentées sous la forme de projection de diapositives (Lignes, 1994). Dans la seconde occurrence, les fils sont détendus, débandés en un inextricable écheveau remplissant l’espace entre les deux murs : la guitare est totalement désaccordée ; Spider-Man a perdu ses pouvoirs et va sûrement s’écraser au sol ; la perspective se brouille et le non-sens menace. (...) scénario respiratoire?: inspiration, expiration. Tension, détente. On/Off. Présence, absence?: Stand (1997). L’artiste a récupéré quatre-vingts objets, fort divers, dans une déchetterie. Il les a disposés un par un dans une salle d’exposition. À chaque fois que l’un des dits objets était ajouté, une photographie était prise. Tous les clichés sont ensuite projetés, sous la forme de diapositives, dans la salle, une fois celle-ci totalement vidée des rebuts qui y avaient trouvé place. Grâce au défilement du carrousel, le spectateur est de la sorte confronté au lent, à l’épiphanique remplissage de l’espace, et à sa brutale évacuation. Fort-da. Le spectateur freudien ne manquera pas de penser à la bobine de ficelle du fameux bambin, pour qui la bobine lancée par-dessus le bord du lit est comme la mère qui souvent s’éloigne ; en tirant sur le fil, il est possible de la faire revenir. Pour l’artiste également, ça s’en va et ça revient ; le non-art, l’art?; l’oeuvre absente, l’oeuvre présente. Dans la surréaliste vidéo Up (1996), progressivement d’un tourne-disque en marche jusqu’à maladroitement finir sur lui, pour repartir ensuite à leur position première en un interminable cycle. (...) L’art ne gonfle sa baudruche que pour aussitôt la dégonfler. Il ne la dégonfle que pour la regonfler. Inspiration, expiration. J’y crois, j’y crois pas. J’y crois. Je n’y crois pas... Tout compte fait, c’est peut-être dans la sphère du rock que pareille alternance, pareille dualité sans Aufhebung en vue se seront le plus souvent rencontrées : quelques pauvres accords grattés sur une guitare, comme la décomposition assumée des lois de la composition, comme l’art musical même tourné en dérision, mais , tout aussi bien, comme la grâce d’un littéralisme furtif, en vertu duquel les sons crachés par l’amplificateur ne valent magnifiquement que pour eux mêmes, du moins quelques instants. L’art de Reip propose une ambivalence indépassable de cet ordre : On/Off. » Extrait de inspirez, expirezde Michel Gauthier, revue 20/27, n°1, 2006. reip.free.fr son site Galerie du jour Agnès B. sa galerie SPLITt son groupe de rock