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25-02-2009

Lynne Cohen

L’INFIGURABLE (extrait) par Jean-Louis Poitevin Les photographies de Lynne Cohen portent des titres qui nous renseignent bien peu sur ce qu’elles nous montrent. Ils indiquent en fait l’appartenance de chaque photographie à un type de lieu relevant de l’une ou de l’autre des séries courant à travers l’ouvrage No Man’s Land, comme, entre autres, établissement thermal, laboratoire, salle de cours. Si chacun de ces noms désigne la fonction du lieu photographié, il ne nous dit rien d’autre, rien sur le pays ou la ville dans laquelle cet établissement se trouve, rien sur la date à laquelle la photographie a été prise, rien non plus sur une quelconque particularité de ce lieu. Cette pauvreté en information des titres leur confère de facto une autre fonction, celle d’inciter le regardeur, pour reprendre le nom que donne Marcel Duchamp au spectateur, à s’interroger sur la pertinence de ces titres, c’est-à-dire sur les relations existant entre ce qui est montré et ce qui est signifié par le titre. En d’autres termes, ce que l’on voit peut correspondre à l’idée que l’on se fait de tel ou tel type de lieu, les titres formant alors un système de classement simple, mais si l’on regarde les images sans faire attention aux titres et que l’on cherche ensuite à savoir à quelle série telle ou telle photographie appartient, on est amené à constater que les lieux qui nous sont montrés ont un grand nombre de caractéristiques communes et qu’ils sont, d’une certaine manière, tous un peu semblables. On voit alors apparaître un monde de ressemblances formelles, se répondant dans une sorte de jeu infini d’échos. Enfin, en nous donnant une indication aussi générale, les titres nous convient à interroger plus avant l’identité du lieu, mais seulement en imaginant ce qui pourrait s’y passer, car nous ne saurons rien de plus sur ce qui s’y passe réellement, même si nous nous attardons sur les éléments purement plastiques qui les composent et les considérons dans leurs caractéristiques esthétiques. Par le seul jeu des titres, Lynne Cohen nous contraint donc à nous tenir à un étrange carrefour, là où les schèmes de l’ambivalence semblent pouvoir se muer en ceux de l’ambiguïté et réciproquement. Ambivalents, les lieux que Lynne Choen photographie le sont en ce qu’ils représentent des lieux réels fonctionnels, mais qui, vidés de leur fonctionnalité à la fois par la manière dont ils sont photographiés et par le fait de devenir images, accèdent à une dimension plastique. Chaque lieu est à la fois, sociologiquement et esthétiquement parlant, intéressant. La coexistence de ces deux qualités le rend indéniablement ambivalent. Lynne Cohen expose à la Galerie le Bleu du Ciel Du 27 février au 11 avril 2009. Vernissage le 26 février à partir de 18h. www.lebleuduciel.net/