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06-04-2016

Pierre Joseph

Pierre Joseph (né en 1965) est l’un des artistes majeurs de la scène française de la fin des années 1980 : un des rares artistes de sa génération à avoir marqué de façon décisive et durable l’art des années 1990 en anticipant, avec plusieurs coups d’avance, quelques-unes des obsessions de l’époque. L’histoire commence avec Dominique Gonzalez-Foerster, Bernard Joisten, Philippe Parreno et Philippe Perrin avec lesquels P. Joseph signe des projets « branchés sur l’actualité ». En 1991 à l’occasion du vernissage de l’exposition No Man’s Time à la Villa Arson, surgissent en chair et en os, au détour d’une cimaise, une Lépreuse et un Guerrier Médiéval, deux personnages vivants-à réactiver : les premiers d’une série de performances qui est sûrement l’œuvre la plus populaire de P. Joseph. Ces personnages partageront avec lui ce nouveau territoire de l’art ouvert aux influences du cinéma, de la télé-réalité et des jeux vidéo que l’artiste décrit dans un texte de 1991 : « les centres d’art ont une gravité différente de celle du monde extérieur. Une sorte d’apesanteur : les gens et les objets ne s’y comportent pas de la même façon ». Le tournant conceptuel que prend le projet artistique de P. Joseph date de 1997, année durant laquelle l’artiste séjourne quelques mois au Japon. A partir de là, les propositions de l’artiste se définissent comme des investigations philosophiques privilégiant « une lecture à la fois analytique et politique de l’époque contemporaine, dans son rapport au savoir et à sa transmission ». Certaines de ces œuvres, construites sur la base d’opérations complexes de superposition, d’équation et de mise à distance de références hétérogènes, produisent un commentaire grinçant sur la culture, l’art et l’image. D’autres pièces, plus nombreuses encore, témoignent de l’inadaptation de l’artiste à ce qui l’entoure, de sa volonté « d’essayer le monde » ou de penser des formes alternatives d’enseignement. Ces dernières œuvres démontrent « comment à partir de différentes positions d’errance, d’erreur, de défection, [P. Joseph] ne cesse de poursuivre la question du savoir, de sa disparition, celle de la production des formes et des langages, ou plutôt de leur incertitude. Une œuvres qui se dérobe face à toute lecture scientiste et qui voit aussi, avec toute la charge d’angoisse que cela implique, que derrière le vide il n’y a pas rien, il y a rien ». Extrait de : David Perreau, « Portait. Pierre Joseph », Critique d’art, n°39, Printemps 2012