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L’environnement
entre art et philosophie

vendredi 27 février 2009

Matinée (10h-13h)
Présentation de la journée : Bastien Gallet
Hicham-Stéphane Afeissa : Esthétique et éthique de l’environnement.
Liliana Motta et Patrick Degeorges : Mauvaises herbes et plantes invasives : discrimination végétale et biodiversité.

Après-midi (14h30-17h30)
Patrick Degeorges : Prédation et paysage.
Arno Fabre : Autour du projet photographique « Contre-nature : lois et paysages ».

Cela fait un certain temps que l’environnement (qu’on ne saurait identifier strictement à la nature) est objet d’art et de philosophie. Cependant, si l’on sait à peu près quand est apparu ce qu’on appelle l’éthique environnementale – aux Etats-Unis au début des années soixante-dix –, et ce que cette expression recouvre – que le rapport de l’homme à la nature est d’espèce morale (et non seulement technique ou scientifique) –, il est beaucoup moins aisé de définir ce que pourrait être un « art de l’environnement » (si tant est qu’une telle expression ait un sens). Qu’une éthique environnementale (quelle que soit son orientation théorique) soit également, au moins en partie, une esthétique ne fait guère de doute : la nature est aussi belle qu’elle est bonne. La relation esthétique que tout un chacun ne peut manquer d’entretenir au cours de sa vie avec son environnement naturel plus ou moins immédiat est pour les philosophes de l’éthique environnementale l’indice que la nature possède une valeur morale. L’esthétique serait une éthique encore informulée. On pourrait objecter à cette apparente évidence que la possibilité même d’une relation esthétique avec la nature suppose cette coupure ontologique (et historiquement située) entre l’homme et les choses naturelles que l’éthique environnementale n’a cessé de critiquer. A moins qu’elle ne soit le symptôme d’un attachement plus profond, qu’aucune opposition aussi stricte soit-elle (nature/esprit, science/morale) ne parviendrait à effacer. Que peut bien faire l’artiste contemporain de (et dans) cette situation ? Il n’est plus question pour lui d’être le parangon du beau naturel, même s’il peut encore arpenter son environnement, voire y laisser quelques traces éphémères (comme le firent ceux qu’on a appelé les « land artists »). L’artiste ne saurait être le récepteur d’une beauté qui le précéderait dans l’être. Il est au contraire celui qui interroge sa possibilité comme il est celui qui rend visible (et de ce fait même critique) les fondements historiques et culturels des rapports complexes que l’homme entretient avec la nature. De ce point de vue, l'artiste qui prend l'environnement pour sujet (qu'il soit marcheur, photographe ou paysagiste) est dans la même position que le philosophe. Comme lui, il travaille sur un donné hétérogène, mixte de nature et de culture, qu’il doit avant toute chose analyser ou rendre visible, même si c’est dans un autre but. Nous essaierons, au cours de cette journée, de confronter et de penser ensemble dans leurs moyens comme dans leurs finalités l’art et l’éthique de l’environnement. Nous le ferons avec des artistes et des philosophes et nous ne manquerons de poser la question qui pour tous est centrale : celle de l’action.

Intervenants :

HICHAM-STÉPHANE AFEISSA
Hicham-Stéphane Afeissa est professeur agrégé de philosophie, rattaché à l’Académie de Dijon. La phénoménologie husserlienne et l’éthique environnementale anglo-américaine constituent ses deux principaux champs de recherche. Il est l’auteur de plusieurs articles (sur Husserl, Heidegger, Kant, Fichte, les néokantiens, Norton, Rolston), et a réalisé diverses traductions (de Husserl, Heidegger, Francione, etc.). Il a récemment publié une anthologie commentée des textes fondateurs d’éthique environnementale, parue chez Vrin en 2007. Membre titulaire du groupe de chercheurs en phénoménologie ALTER, il est aussi membre du comité de rédaction de la revue Environmental Ethics depuis 2008.

PATRICK DEGEORGES
Patrick Degeorges est philosophe, chargé de mission sur les grands prédateurs et la biodiversité au Ministère de l'Écologie. Il termine une thèse de sociologie politique et politique publique à Sciences-Po sur les questions de protection de la biodiversité et travaille au MEEDDAT.

LILIANA MOTTA
Artiste-botaniste-paysagiste de nationalité Argentine. Diplômée de l’Ecole nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris, professeur à l’Ecole Nationale Supérieure du paysage de Versailles, auteure de la collection nationale de Polygonums agréée CCVS. Liliana Motta collabore étroitement depuis une dizaine années avec l’architecte Patrick Bouchain avec lequel elle représente la France pour la biennale de Venise 2006. Elle a participé en 1998 au Festival de Chaumont-sur-Loire, créé un Parcours pédagogique de la plante sauvage à la plante cultivée ainsi qu’un Conservatoire botanique des plantes alimentaires dans la Sarthe, un jardin de « plantes modestes » au Musée d’art Modeste de Sète. Elle travaille actuellement sur le thème de la récupération et le traitement des eaux de la piscine municipale de la ville de Bègles ainsi qu’à des aménagements paysagers pour la région Poitou-Charentes.

ARNO FABRE
Arno Fabre, né en 1970 à Limoges, vit et travaille en France. Diplômé de l'école Louis Lumière en 1990 - section photographie - il s'est aussi formé à la taille de pierre et a œuvré pour les monuments historiques, de 1994 à 1998. Il pratique la danse contemporaine depuis 1996. En 1999, il était invité aux Rencontres photographiques d'été à Niort. Et de 2001 à 2003, il était résident au Fresnoy - Studio National des Arts Contemporains à Tourcoing où il a réalisé « Contre-nature : lois et paysage » puis « Dropper 01 Dispositif orchestral pour 8 percussions et gouttes d'eau ». Son travail, utilisant la photographie autant que la sculpture ou l'univers sonore, explore deux thématiques : le paysage, dans nos diverses façons de le regarder, de l'écouter et de l'habiter (Dropper01, 2003; Composition pour 3 radios, 2003; Contre-nature, 2002; Confluents, 1998/2002;) ; et, par le biais d'une approche autobiographique plus ou moins fictionnelle, notre rapport au corps avec nos incapacités et nos faiblesses (Les muscles font leur travail, 2001/2003; Ce que les yeux voient, 2002; moi, le…, 2001).

Contre-nature, lois et paysages.
Le paysage est à la mode, il est partout.
Il est protégé, cultivé, vendu, visité, exploité, consommé, télévisé… et exposé.
Il est aussi le lieu de conflits d’intérêts, l’objet de convoitises fortes. Entre rendement agricole, terre d’aventure, repos idyllique, exploitation forestière, zone à construire, voie de communication, protection des espèces et des milieux, il est difficile de concilier le paysage de l’agriculteur, avec celui du marcheur, de l’urbaniste, ou celui du promoteur. Il faut alors en réglementer la jouissance.
Le mot « paysage », éminemment affectif et culturel, apparaît donc maintenant dans le texte législatif, tout particulièrement avec la récente création du Code de l’environnement (sept. 2000). La loi oriente et crée le paysage ; directement, avec une conception esthétique, patrimoniale ou écologique ; ou indirectement, avec une approche économique et productive. Parfois, des lois anciennes qui ont profondément imprimé leurs transformations paysagères (cf. : la forêt Landaise créée sous Napoléon III) ; parfois des textes récents qui tentent de réparer les erreurs passées (plantation de haies après les excès du remembrement), ou encore des textes tournés vers « les générations futures ». Bien souvent, la relation entre le maintien du milieu rural, l’exploitation touristique et la conservation du patrimoine en est l’enjeu.
Témoin de l’histoire autant que révélateur des orientations et des contradictions contemporaines, le paysage est le reflet de la société qui l’habite. Contre-nature se propose, en associant photographies et textes de lois, d’exprimer les différents regards que nous portons, en France, sur le territoire, avec ses ambiguïtés, ses oppositions et toujours avec le même bonheur face à l’herbe folle qui se faufile. Le paysage est à l’honneur.
Mer-montagne, rural-urbain, friches-jardins, il est partout.
Arno Fabre, juin 2002