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24-02-2021

Numérique en art et design : quelle critique pour la décennie 2020 ? - Arc@labonrv

Ebram Arazi, MIT, 1963  

Intervenants : Annick Rivoire, Jean-Jacques Gay et Vincent Ciciliato.

Dans les années 60, à la naissance du « computer art », un travail important fut mené par des figures pionnières autour de questionnements esthétiques, théoriques et critiques. Parmi les auteurs francophones, Abraham Moles, qui rédigea notamment le manifeste de « l’art permutationnel » fut certainement le plus actif. L’artiste Vera Molnar eut également, à cette période, une conséquente production critique tournée vers son travail mais aussi vers la problématique de « l’ordinateur en art ». Dans les années suivantes, le théoricien Frank Popper, commissaire d’exposition (dont Electra au Musée d’art moderne de la ville de Paris en 1983) et auteurs de nombreux ouvrages sur l’art « électronique » eut une importante influence pour la compréhension des enjeux liés à ce domaine. La génération suivante qui couvrit notamment les années 80 et 90, est représentée par des auteurs et autrices tel.le.s Jean-Louis Boissier, Edmont Couchot, Anne-Marie Duguet, Louise Poissant ou bien encore Christine Buci-Glucksmann et Florence de Mèredieu pour ne citer que des critiques d’expression française.

Concernant les organes de diffusion, à la fin des années 60, les catalogues d’exposition et actes de colloques furent les lieux privilégiés du développement d’une réflexion théorique et critique sur « l’ordinateur en art » (Nove tendencije, Cybernetic Serendipity, Software, etc.) mais des revues orientées art, design et « médias» virent également le jour telles Bit International ou Radical Software. La revue Leonardo fondée en 1968 par l’ingénieur Frank Malina pris une ampleur internationale durant les années 70 et 80 devenant la référence sur les questions art/science auxquelles été associées certaines productions utilisant l’informatique. A partir des années 70, des magazines comme Opus International ouvrirent, timidement mais régulièrement, leurs pages à des textes concernant les productions « par ordinateur ». Peu à peu, le numérique infusa les revues d’art qui ne lui réservèrent toutefois qu’une place limitée notamment par des focus ou des numéros spéciaux, comme ce fut le cas pour Art Press. Des revues académiques telle que la Revue d’esthétique ou des revues d’analyse critique comme Alliage furent également des lieux de réflexions et de débats sur ces questions à partir des années 80. Au milieu des années 90, des magazines totalement ancrés dans la « culture numérique » apparurent. La revue italienne Neural en est probablement le fleuron, Mute(GB), Mondo 2000 (US) ou Wired (US) restant plus généralistes quoique attentives aux productions culturelles. Avec le développement du réseau, nombre de parutions en ligne virent le jour dans un esprit contestataire, politique et hacktiviste hérité de Radical Software. A partir de 1995, la liste de diffusion nettime fut, par exemple, support à de nombreux textes importants liés, entre autre, au « net.art » et au « software art ». Concernant les sites internet, Rhizome.org fut et reste un acteur majeur dans le domaine.

Depuis les années 2000, la généralisation de la culture vidéoludique, des réseaux sociaux, l’apparition des fab lab, le mouvement artistique du post-internet et bien d’autres formes de la « culture numérique » ont transporté les questionnements à une échelle sociétale englobante et incommensurable qui contraste avec ce qui pouvait paraître un intérêt « de niche » jusqu’au milieu des années 90. En France, des revues papiers et/ou en ligne telles Synesthésie, MCD, Poptronics, Makery ou, dans une moindre part, 02, pour ne citer qu’elles, se sont confrontées à la complexe tâche de témoigner de l’actualité tout en offrant de fines analyses critiques.

La session « Numérique en art et design : quelle critique pour la décennie 2020 ? » proposera donc de revenir sur ces dernières années tout en ouvrant des perspectives sur l’avenir de la critique dans ce champ si complexe et mouvant du « numérique ». 

Vincent Ciciliato est artiste multimédia et enseignant-chercheur en arts numériques à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne, membre du laboratoire ECLLA (Études du Contemporain en Littératures, Langues et Arts). Après des études doctorales,il participe en 2010-12 au cursus de formation du Fresnoy – Studio National desarts contemporains. Ses recherches, autant plastiques que théoriques,questionnent les rapports entre temporalités électro-numériques et représentation gestuelle.

Jean-Jacques Gay est critique d’art, Docteur en Science de la Communication et de l’Information, membre de l’équipe CITU du Laboratoire Paragraphe de l’Université de Paris 8, il est curateur, journaliste (Optical Sound, Artension et TurbulencesVidéo), chargé de mission auprès de l’AICA France et directeur du festival accès)s( cultures électroniques de Pau. Il collabore avec différentes universités et Écoles Nationales Supérieures d’Art (ENSBA, ENSAD) et, après avoir été enseignant-chercheur à l’École Européenne Supérieure de l’Image Poitiers/Angoulême sur les narrations contemporaines et les arts technologiques, et reste consultant pour le Fresnoy, Studio National etinitiateur du format de rencontres Studio Critique (Aica, ADAGP,Fresnoy).

Annick Rivoire, journaliste critique, observe les cultures et usages numériques depuis les débuts du Web, pour la presse nationale (Libération, Courrier International) et à travers les médias en ligne qu’elle a fondés (Poptronics en 2007, Makery en 2014). Elle assure la conception éditoriale d’expositions sur la science en transition, le jeu vidéo, le Do it Yourself, l’art du code, a publié le livre Poptronics (Tombolo Presses, 2019), est co-auteure de BookNIAROF (2017), Second Life, un monde possible (2007).
 

Mercredi 24 février 2021 à 14h sur Youtube