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Du 15-09-2021 au 02-01-2022

Crossover : Hélène Hulak x Mel Ramos

Hélène Hulak, Let's Go To The Beach Each, 2018 - Courtesy de l'artiste

L'expression anglaise « Peek a boo » qui peut être traduite par « jette un œil » ou « coucou me voici ! », fait référence à une expérience au cours de laquelle l'enfant teste son rapport au monde par un jeu de regard et de dissimulation. Le portfolio Vintage Peek-A-Boo, 2015 est un ensemble de tirages numériques de l'artiste américain Mel Ramos (1935 – 2018) entré dans la collection du macLYON en 2016 à l'issue de l'exposition Le bonheur de deviner peu à peu dans laquelle figurait cet artiste incontournable du Pop art. Les six femmes représentées sont nommées d'après la couleur de leur chevelure et sont surprises dans leur nudité par le regard qui, à travers un trou de serrure, se charge de voyeurisme. Ce motif trouve de nombreuses occurrences dans l'histoire de l'art et en particulier dans Etant donnés : 1° la chute d'eau 2° le gaz d'éclairage... de Marcel Duchamp, révélée après la mort de l'artiste en 1969, mais aussi dans le film intitulé Par le trou de la serrure réalisé en 1901 par Ferdinand Zecca. L'approche de Mel Ramos interroge précisément l’ambiguïté de la représentation, située quelque part entre la complaisance du fantasme et la dénonciation du regard intrusif, en mettant en scène la construction de cette projection à travers des figures mythiques telles que Marilyn Monroe.

La nature du regard porté sur le corps de la femme, en particulier dans les médias dont le cinéma et la publicité, fait l'objet d'une déconstruction systématique dans le travail d'Hélène Hulak. Depuis ses études aux Beaux-arts de Lyon, dont elle est diplômée en 2018, elle s'inspire de l'imagerie banale qui promeut un érotisme objectivant du corps et participe à une vision sexualisée au service majoritairement d'un regard dominant et masculin. Ce prisme largement répandu impose aux femmes une vision déformée par des canons artificiels, contraignants et caricaturaux. Hélène Hulak propose de réinventer cette image en partant de ces représentations traditionnelles afin de créer une contre-représentation de la subversion, et pratique ainsi cette forme de « dérèglement » dans le sens que lui donne la philosophe Geneviève Fraisse pour qui « Dérégler permet de s'introduire dans le mécanisme, de le subvertir ou de le transformer. C'est un choix : non pas inventer un ailleurs, ou supposer une alternative, mais utiliser les éléments du passé à l'intérieur même d'une pratique de subversion. »*

Cette déconstruction de la représentation d'icônes féminines remet en question le regard masculin qui exploite le corps des femmes en produisant des images principalement au service de sa propre jouissance. Si celui-ci est généralement imposé dans les médias traditionnels, mais aussi sur les réseaux sociaux, l'identification et le détournement tels que les pratique Hélène Hulak s'inscrivent dans une stratégie d'analyse et de dénonciation des outils de domination imposés dans nos sociétés patriarcales. Afin de délivrer le corps de la femme de ces canons artificiels et opprimants, c'est la figure de la sorcière, l'usage de la caricature et de la déformation de ces images iconiques qu'elle emploie. Elle exprime ces enjeux par la violence de la couleur et le recours à des techniques artistiques dites abusivement « féminines » tels que la couture ou le tricot, qui prolifèrent dans les espaces du musée comme dans des toiles d'araignées. Débarrassé des codes surannés de la représentation du désir, le regard rencontre la puissance du corps libéré et réapproprié.

Le format d'exposition Crossover est construit comme un dialogue entre les œuvres de la collection du macLYON et des artistes émergents. Le premier opus, présenté à l'automne 2020 avec les œuvres de Jimmy Richer et de Thomas Feuerstein, s'est intéressé à la relation entre les sciences et les mythes en partant de l'histoire de Prométhée. Cette seconde invitation faite à Hélène Hulak permet de croiser, à partir d'œuvres de Mel Ramos, deux approches de la représentation du corps et de la construction du regard. Si les démarches se complètent et se contredisent, l'évolution des enjeux philosophiques et sociétaux des collections et des pratiques artistiques, en constant renouvellement,  produisent une confrontation stimulante qui ne dédouane cependant jamais les visiteurs de leur responsabilité d'interprétation, puisque, comme le disait Marcel Duchamp : « C'est le regardeur qui fait l'œuvre ».

Commissaire : Matthieu Lelièvre

* Geneviève Fraisse, La sexuation du monde, Réflexions sur l'émancipation, SciencesPo Les Presses, 2016, p. 85

Mercredi 15 septembre 2021 - Dimanche 2 janvier 2022

Du mercredi au dimanche
De 11h à 18h

macLYON
Cité Internationale
81 Quai Charles de Gaulle
69006 Lyon