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Appel à candidature ACTH

Art Contemporain et Temps de l'Histoire

Depuis 2004, l’Ensba a mis en place un programme de recherche conduit par l’artiste Bernhard Rüdiger avec des artistes et/ou théoricien·nes qui a pour titre « Art Contemporain et Temps de l’Histoire ».

L’unité de recherche s’interroge depuis longtemps sur les références - parfois problématiques - au réel, à l’“ultra-contemporanéité”, au constat de l’aplatissement du temps (ce que l’historien François Hartog, invité lors d’un séminaire, a nommé “le présentisme”).  L’exercice d’élaboration des œuvres par le regardeur semble avoir muté et s’être adapté à l'impératif de l'immédiateté, les condamnant bien souvent à une transparence fonctionnelle dans le dispositif spectaculaire. Dans de tels dispositifs, les œuvres peuvent paraître comme coupées de leur histoire et des conditions de leur production. À cette injonction les artistes tendent néanmoins à opposer une certaine résistance en rappelant que la question du « contemporain » dépend, pour l'artiste, de sa capacité à mettre la contingence et le temps au travail. C’est par le prisme des œuvres, qu’ACTH continue d’interroger le rapport à l’histoire, à l’historicité et plus généralement aux temporalités multiples qui les structurent et les traversent.

C’est depuis ce constat qu’ACTH s'intéresse à la condition de la mise en œuvre des formes, aux processus qui les ont déterminées et qui les travaillent encore. Non seulement agent d'une transformation matérielle, le travail artistique est aussi abordé comme une constellation d'événements, d'idées, d'actions, d'expériences, de stratifications qui suspendent le temps, le rendant complexe, anachronique et pris dans un agencement qui change le regard sur ce qui a été fait et ce qui reste à élaborer. 

Depuis 2016, l’unité a inauguré un nouvel axe de recherche: À l’endroit du lieu. Les chercheuses et chercheurs du groupe se proposent d'étudier les relations particulières des œuvres à la réalité des lieux dans lesquels elles s’inscrivent et aux stratifications historiques qui se manifestent dans leur actualité.

La première phase de cette recherche a été engagée à partir du parcours expérimental : Découper le temps en son lieu.

Dans le cadre de Vision au Palais de Tokyo en avril 2016, puis au Réfectoire des nonnes à l'Ensba Lyon au mois de décembre, les chercheuses et chercheurs ont développé des expositions d’objets inspirés des méthodes de production de maquettes. Il s'agissait d’étudier des œuvres singulières et d’en discuter par l’interlocution et par le geste la relation au lieu. L’exposition présentait des maquettes dans l’espace sous forme d’atlas, la cartographie d'une pensée en acte.

Ont été entre autres travaillées, “Roof Garden Installation” réalisé par P. Huyghes au MET de New York et sa relation à Central Park et “Conical Intersect “ réalisé par G. Matta-Clark pour la Biennale de Paris 1975 et sa relation au quartier de l’Horloge.

L’édition du livre Découper le temps en son lieu, publiée en 2019, est le résultat de ce travail oral et manuel. Il raconte l'écart décisif qui a été élaboré en transformant l'image qui reproduit une œuvre — outil habituel et nécessaire à la construction d’un atlas — en un objet réalisé au fur et à mesure de la discussion.

Le projet actuel de l’unité de recherche ACTH

Inventer le lieu à son endroit ! 

Des collaborations répétées du groupe de recherche avec la Summer School as School à Pristina ainsi que la rencontre avec des artistes apportant leurs propres réflexions sur la relation au lieu, ont amené le groupe à produire une série de trois expositions successives, ou une seule exposition évolutive, au Réfectoire des nonnes, formant un parcours qui problématise la notion d'invention du paysage, dans le cadre du programme Résonance de la Biennale d’art contemporain de Lyon.

Chaque étape de ce parcours a été l’occasion de réorganiser le dialogue des œuvres entre elles par l’effacement et l'ajout de nouvelles œuvres et de redéployer les indices de leur présence dans la mémoire des spectateurs. 

Cette exposition a rendu possible un travail commun à partir de cultures différentes, de territoires et de paysages stratifiés, disparus sans laisser de traces, mais toujours présents à notre expérience muette du monde. Comme souvent dans l’histoire de l’unité de recherche, nous nous sommes appuyés sur des archives, des films, des photographies, des œuvres qui nous ont permis de les déchiffrer. Cette exposition a participé à restituer l’ubiquité des paysages, leur capacité à être de plusieurs temps, passé et présent et fondation du futur.

Les invitations faites aux artistes ont été pensées à partir de ces lieux singuliers interpellés par leurs œuvres. Chacun d’eux est intervenu en inventeur comme le fait le découvreur en archéologie, soit comme « celui qui découvre un site, celui qui sait repérer ce que d’autres ne voient pas, par l’acuité d’un regard engagé dans un processus de révélation de ce qui est déjà là » (Anne-Violaine Houcke, voir le séminaire). 

L’approche politique propre à toute invention du lieu demeure un axe central du projet de recherche. Le cadre méthodologique de l’exposition expérimentale a permis de confronter les approches plurielles des artistes et d'ouvrir une discussion là où chaque œuvre propose une articulation inédite. 

Parmi ces articulations nouvelles les séminaires autour de la figure de Polichinelle, l’histrion comique qui interrompt par ses lazzi l’action et le progrès de l’histoire, ont rendu possible la formulation d’un nouveau paradigme qui permet de penser un temps hors de l’histoire à partir de la notion d’“Homo sacer”, l’homme saqué (coupé, sectionné) développée par G. Agamben. 
Cette possibilité de penser la syncope, l'interruption des liens d’une œuvre à son contexte politique, nous semble une voie féconde pour penser une autre relation au réel historique. C’est à partir de cette ouverture, que nous nous sommes intéressés à ce qui réside et résiste dans les œuvres et se manifeste malgré nous, en empruntant à Jacques Derrida sa pensée de la spectralité. 
Reste la question de savoir comment développer une recherche qui a pour objet ce qui se passe entre, dans les béances ? Une des pistes les plus récentes a été de reprendre à notre compte l’action de “sonder”, d’étudier la résonance des objets plutôt que leur présence suggérée par F. Nietzsche dans son introduction au Crépuscule des Idoles, ou comment philosopher à coups de marteau.

Exposition Le temps suspendu, décembre 2011.
Inauguration de l'exposition Inventer le lieu à son endroit ! épisode 2 © Maïté Marra
Paysage [sous surveillance] de Jennifer Lauro Mariani avec Émilie Paillard, Thibault Theyssens et les étudiants de l'Ensba Lyon, représentation du 17 janvier 2020 au Hangar des Subsistances © Maité Marra
Workshop de deux jours avec Jennifer Lauro Mariani et les étudiants de l'Ensba pour préparer la performance Paysage [sous surveillance] les 16 et 17 janvier 2020 aux Subsistances, dans le cadre de l'exposition Inventer le lieu à son endroit ! épisode 3
Bernhard Rüdiger et David Rossi, montage de l'exposition Inventer le lieu à son endroit ! épisode 3
Conférence de Sophie Lamm, chercheuse ACTH, dans le cadre de l'exposition Inventer le lieu à son endroit ! épisode 2
Exposition Il luogo del futuro, Museo Archeologico del Chianti Senese, Castellina in Chianti, juillet 2019, oeuvres de Yann Annicchiarico (gauche) et Axelle Bonnard (droite)
Exposition Il luogo del futuro, Museo Archeologico del Chianti Senese, Castellina in Chianti, juillet 2019, installation de Sophie Lamm
Summer School as Shool 2019, Pristina, Kosovo, ©Alban Nuhiu
Séminaire avec Anne-Violaine Houcke, projection-débat au Cinéma Opéra, Lyon, décembre 2018.
Colloque ACTH, décembre 2009.
 
Colloque ACTH, décembre 2009.