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05-11-2008

Karina Bisch

Karina Bisch construit une relation ludique et joyeuse avec des figures clefs de l’histoire de l’art abstrait. De Fernand Léger à Sonia Delaunay, d’Anni Albers à Kasimir Malevitch, les créations de ces grands prédécesseurs sont convoquées, appropriées, rejouées et mises en scène. Il s’agit d’un hommage d’autant plus respectueux qu’il se donne souvent à voir et à découvrir de façon vivante. Au-delà des différences entre ces filiations – les oppositions entre le Suprématisme et le Constructivisme par exemple –, Karina Bisch met en pratique sans retenue une forme épiphanique de l’abstraction. Elle se joue dans le rapport que Karina Bisch a à l’objet et rejoint une forme de réalisme appliqué – un pragmatisme évoqué dans le Manifeste du Groupe Espace repris par le commissaire d’exposition Julien Fronsacq dans It’s a Question of Time (1) au Frac Aquitaine en 2008. Pour cette performance, le critique déclamait des citations d’artistes qui aidaient à situer les œuvres présentes dans l’exposition. Questionnant la place qu’occupent les figures exemplaires aujourd’hui, Karina Bisch invente sa propre constellation dans laquelle une œuvre anonyme est placée au même niveau qu’un Vasarely. Soit une esthétique de la reprise qui ne rejoue pas le même mais propose des déviations, un principe de dérive situationniste s’articulant avec humour à des constructions formelles variées. “ Le point de départ de chaque partie de mon travail prend en considération la notion de standard. Les formes géométriques, provenant de l’architecture ou de la peinture, sont entendues comme des formes normalisées : les sculptures, par exemple, sont produites à partir de formes communes, comme le cube, le parallélépipède, et de l’utilisation de matériaux basiques comme le plâtre, le bois, le métal. Ces sculptures sont affublées de titres de standards du rock’n’roll, eux-mêmes maintes fois repris et réadaptés. ” (2) Les règles, les canons, sont évalués à l’aune du corps de l’artiste. Drawing I (Schlemmer) (2006), I robot (2006), Medulor (2005), reprennent des typologies corporelles idéales comme le Modulor de Le Corbusier, mais reconfigurées aux proportions de Karina Bisch. “ Je tiens à pouvoir évoluer dans mon travail sans contraintes formelles, stylistiques ou techniques. Ce qui m’intéresse finalement c’est construire, non reconstruire ” (3), dit-elle. Dégagée d’une culture de la citation qui est devenue l’un des paradigmes de la postmodernité, l’artiste circule avec aisance entre la peinture, la sculpture, le théâtre et la poésie. Marie de Brugerolle 1. Une visite muséale et décalée de l’exposition Mathematicus Groteske par Karina Bisch et Julien Fronsacq. 2. Karina Bisch, entretien avec Julien Fronsacq, in Karina Bisch, Éditions École municipale des Beaux-Arts de Châteauroux, p. 9. 3. Ibidem, p. 11.