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Du 09-06-2022 au 09-07-2022

Mélanie Lefebvre - Scopique

Mélanie Lefebvre 
Papillon, 2021, huile sur toile, 130x155 cm
Scopiquee fin juin

« Nous sommes à une époque de mise au point… on a des projecteurs
qui fouillent et qui illuminent les coins les plus reculés. On voit au
travers des corps. Les moyens nouveaux nous ont créé une mentalité
nouvelle. On veut y voir clair, on veut comprendre les mécanismes…
Et on s’apercoit que ces détails, ces fragments, si on les isole, ont une
vie totale et particulière (…) »

Fernand Léger, à propos de son film Le Ballet mécanique, 1923

La présence qui impose. Dans des compositions au cadrage serré, des étreintes
semblent s’offrir à notre indiscrétion dans des scènes à l‘intrigue incertaine et qui nous placent en position troublante de déranger une intimité. Les toiles sont couvertes d’une peinture à l’huile lisse et fine où dominent jusqu’à satiété, roses, carmins, pourpres et incarnats. Entre puissance du détail grossi, anamorphose et stylisation, la peinture, saturée de vrai, soulève pour le spectateur l’inconfort d’être là sans avoir été tout à fait invité.

Comme des acteurs jouant leur propre intrigue, des mains fortes pressent
des chairs dans des liturgies de cérémonies secrètes. Fétiches, gestes guérisseurs,
marionnettes désarticulées, impositions rituelles ou caresses. Les doigts agissent comme des quasi personnages qui auraient congédié leur auteur. Sous des apparences familières, ils jouent pour nous la drôle d’histoire de ce qui se dérobe.

Mélanie Lefebvre présente des corps morcelés et instables, parcourus par des intensités contraires qui donnent à ces objets partiels des postures inédites et
théâtralisées. Effleurements, emprises et pressions. Rictus. Outrance surjouée. Rouages d’épiderme et mécanismes. L’artiste creuse les anatomies, lisse le velours des matières, hausse les teintes, jusqu’à l’irréel, des tons cerise et fuchsia, force la tension des articulations vers l’exubérance et fait courir l’hydrographie des veines bleues sur l’orange.

Le gros plan libère l’espace de sa profondeur de récit. Il installe la scène ici et
maintenant. La peinture dévoile alors la surréalité d’une nouvelle vie et de ses chairs palpitant sous la peau. Une déconstruction des évidences pour une vérité crue derrière un paraître. Ni passé ni futur, mais la visibilité hallucinée du trop près qui isole et défait des organes sans corps en fragments réifiés. Il faut se convaincre que l’artiste ne prélève pas des éléments d’un ensemble dont ils font témoignage, mais qu’au contraire, pour les imaginer libres, elle les élève au rang de pures créatures affranchies, comme libérées du décor d’une histoire ou allégées du poids d’une passion.

Chaque toile de Mélanie Lefebvre est le théâtre d’un rituel sans violence, ni
provocation. Elle invite simplement à voir mieux ce qui aveugle. Ce qui est peint ne se dissimule pas sous des virtuosités plaisantes mais s’offre nu comme le foyer fascinant d’une lampe autour de laquelle se brulent les regards qui se pressent et les mots qui cherchent en vain à donner consistance à ce qui ne se voit pas.
Des flux d’énergie parcourent les nuques et des poitrines d’hommes sous les doigts mêlés. Dans cette peinture dressée comme une machine à voir, il n’y a pas d’éparpillement de détails ou de papillotage de descriptions réalistes qui affaiblirait un ensemble. Tout y est dit qui conduit à l’essentiel. La texture des choses et des êtres sans nom dans leur proximité dérangeante. Les muscles lustrés comme des sculptures dans un espace où la peau, dans un frémir d’aimer, est brulante de couleur. Une nudité primitive.

Enveloppant ces présences impossibles comme des spectres, l’artiste se joue
du miroir de l’apparence quand elle recouvre d’un rose rêvé ce qui sépare les tumultes intérieurs et la topographie visible des peaux, ce qui dissimule l’intime et les vanités de ses protections. Une vie des corps plus réels que la réalité.

Christian Sozzi, Galerie B+, juin 2022

Du 9 juin au 9 juillet 2022

Galerie B+
1 rue Chalopin, 69007 Lyon